Soutenance de thèse

Le Mercredi, 23. juin 2021 -
14:00 - 19:00
Salle des Actes à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 - Site Saint Charles

Monsieur Damien DEVILLE

Soutiendra mercredi 23 juin 2021 à 14 h

Salle des Actes n° 011, Site Saint-Charles 1

une thèse de DOCTORAT, préparée en partenariat avec Montpellier SupAgro

Discipline : Géographie et aménagement de l’espace

Titre de la thèse : Jardiner la ville en crise : penser une écologie de la précarité à Alès

Composition du jury :

  • Mme Mayté BANZO, Professeure, Université Bordeaux Montaigne
  • M. David GIBAND, Professeur, Université de Perpignan - Via Domitia
  • Mme Lucette LAURENS, Professeure, Université Paul-Valéry Montpellier 3, directrice de thèse
  • Mme Dominique PATUREL, Ingénieure d’étude habilitée, INRAE
  • M. Christophe SOULARD, Directeur de recherche, INRAE, codirecteur de thèse
  • M. François TAULELLE, Professeur, Université Jean-François-Champollion

Résumé de la thèse :

Cette thèse s’intéresse aux liens entre jardinage urbaine et crise à Alès.  Actuellement en crise, la commune d’Alès est confrontée à des difficultés sociales et économiques. Premières victimes de la crise, les classes ouvrières sont soumises à différents niveaux de précarité. Certaines familles choisissent alors de porter des projets de jardin en ville. Dans tel contexte, notre recherche a eu pour objectif de répondre à la question de recherche suivante : les jardins sont-ils des espaces permettant aux familles de s’adapter ou non à la précarité à Alès ? Répondre à cette question nous a demandé de repérer les jardins, de comprendre leur histoire et leur inscription dans la ville, d’analyser le sens et les motivations que les jardiniers placent en eux, et enfin de caractériser les liens structurants entre précarité et jardinage à Alès. Notre méthodologie d’enquête repose sur des lectures paysagères de la commune, sur l’analyse de la crise à travers une série d’indicateurs socio-économiques, et enfin sur des entretiens semi directifs et des entretiens par trajectoire de vie auprès des jardiniers et des acteurs du territoire. La première partie de la thèse retrace l’histoire de la commune et cherche à caractériser les difficultés sociales et économiques actuellement vécues dans la commune. Cette partie met en avant plusieurs indicateurs de précarité qui font de la commune d’Alès un espace en crise. Néanmoins, nous montrons aussi que la ville d’Alès a l’avantage de profiter de l’attractivité du bassin Languedocien, faisant de certaines communes de l’agglomération des zones de richesses et de croissance démographique qui peuvent de fait participer au développement du territoire dans son ensemble. Dans une seconde partie, nous avons cherché à décrypter l’histoire des jardins familiaux à Alès, de l’époque industrielle jusqu’aux reconverserions économiques des trois dernières décennies. Nos recherches mettent en évidence les fortes relations qui existent entre l’émergence des jardins familiaux et les processus de crise urbaine. Lorsque la commune a connu des difficultés, les jardins ont étendu leur surface. A contrario, les jardins se sont étiolés lorsque la commune a connu des phases importantes de développement.  Dans cette même partie, nous avons mis en évidence différentes formes de jardins présentes à Alès grâce à la méthode des idéal-types. Ces idéal-types permettent de décrire les liens entre pratiques agricoles et précarité urbaine. Certains jardins apparaissent ainsi comme barricadés : les cultures sont protégées, les jardins sont invisibles depuis la rue, les clôtures et les portes sont construites avec du matériel de récupération. Autant d’indicateurs laissant entendre l’importance de la production agricole pour les jardiniers. La troisième partie de notre thèse a mis en mots les différentes fonctions des jardins pour les jardiniers. Ces analyses ont montré que tous les jardiniers retournent à la terre pour lutter contre des formes de précarité subies, mais qu’au fil du temps, les fonctions qu’ils tirent des jardins deviennent plurielles : les jardins sont des lieux permettant de s’approprier de nouveau la ville et de renouer avec différentes trajectoires d’émancipation. Nos recherches soulignent néanmoins que la capacité des jardins à permettre aux jardiniers de sortir réellement de la précarité est faible, d’autant plus que les jardins à Alès ne concernent qu’une petite minorité de personnes réellement en situation de précarité. Néanmoins, les jardins restent des lieux permettant de renouveler les manières de vivre ensemble dans la ville en crise. Ils sont des espaces structurant de nouvelles opportunités, de nouveaux réseaux de relations, et un renforcement des structures collectives. Les jardins apparaissent ainsi comme des lieux permettant de renforcer le droit à la ville dans un contexte de crise.